Agadez

Par Samson Mawulolo Ahlijah

Toutes les personnes qui visitent le Niger sont au premier abord choquées par le contraste permanent. Traversé par le fleuve Niger dans sa largeur, le Niger fait partie de ces pays africains qui offrent un étrange spectacle dans lequel la modernité et la tradition semblent à la fois se mélanger, s’attirer et se repousser. Entre la présence des chameaux en pleine circulation et les embouteillages provoqués par des convois d’ânes dans la capitale Niamey, le Niger ne manque pas de laisser des souvenirs inoubliables à ses visiteurs.

Le climat du pays figure aussi parmi les particularités qui méritent d’être soulevées. Si le thermomètre grimpe facilement à 50 degrés Celsius à partir du mois de février, il peut descendre à 10 degrés Celsius pendant le mois de décembre et la période dite d’harmattan. Ce pays, jadis peuplé par des dinosaures, dont les reconstitutions de squelettes peuvent être observées au musée de Niamey, est aujourd’hui couvert en grande partie par le désert du Sahara et présente d’importants écarts de températures.

Dans de nombreux rapports économiques, le Niger est présenté comme l’un des pays, sinon le pays le plus pauvre du monde. Pourtant, que ce soit à Agadez, Tahoua, Niamey ou encore dans les rues de Maradi et de Zinder, on peut voir circuler des véhicules de luxe coûtant plusieurs dizaines de milliers d’euros. Si ce contraste pose la question de la valeur des statistiques et des données en provenance d’Afrique, ce n’est pas ce qui nous intéresse dans le cadre de cet article.

La France, ancienne puissance coloniale du Niger

Si les chiffres présentent le Niger comme étant un pays pauvre, son sous-sol est incroyablement riche et attise la convoitise des puissances du monde entier et peut-être d’autres systèmes solaires. Ancienne colonie française, le Niger a commencé peu après son indépendance à exporter de l’uranium vers l’ancienne métropole. Tandis que l’uranium nigérien éclairait les foyers français et produisait assez d’énergie pour permettre à l’industrie française de maintenir sa croissance, les localités du Niger étaient plongés dans le noir. Aujourd’hui encore, le pays présente l’un des taux d’électrification les plus bas du monde. Selon les données, ce taux se situe entre 18 et 25 %.

Cette situation perçue comme une mainmise de la France sur les richesses du pays a nourri beaucoup de rancœurs. Dans les années 1990, au cours des manifestations en faveur du multipartisme, plusieurs hommes politiques nigériens n’ont pas hésité à s’attaquer à l’ancienne puissance coloniale s’assurant ainsi le soutien d’une partie de la population. Si cela n’a pas mis un terme à la présence française dans le pays, le ressentiment n’a pas faibli.

En février 2021, Mohamed Bazoum, allié de la France et de l’Occident, remporte l’élection présidentielle dans des circonstances troubles. Le scrutin a été émaillé de violence et plusieurs rapports font état d’achat de vote et de conscience. Dès l’annonce des résultats, Niamey, la capitale et plusieurs villes s’embrasent. Dans la foulée, plusieurs opposants sont arrêtés. La communauté internationale soucieuse de préserver ses intérêts décide de reconnaître le résultat des élections. Mohamed Bazoum prête serment en Avril 2021.

Mohamed Bazoum

Il promet de lutter contre la corruption et entreprend quelques chantiers de transformation sociale. Pour lutter contre les groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS), Bazoum choisit une approche questionnable. Il refuse toute coopération avec les juntes burkinabé et malienne et malgré l’opposition d’une grande partie de la population, décide d’accueillir les troupes militaires françaises sur son territoire. Parallèlement, il négocie des accords de cessez-le-feu ponctuel et local avec des groupes djihadistes.

Le 26 juillet 2023, au petit matin, Mohamed Bazoum est fait prisonnier par les éléments de la garde présidentielle sur ordre du général Tiani. La période de confusion qui s’ensuit prend fin tard dans la nuit par l’annonce du coup d’État. Quelques jours après, le général Tiani prend officiellement le pouvoir et décide de rompre la coopération militaire et diplomatique avec la France. Au terme d’un bras de fer, les militaires français quittent le pays et l’ambassadeur est expulsé.

Qu’en est-il alors de l’uranium ? Et bien après une longue période de suspension, Orano mining (ex-Areva) a repris ses travaux d’exploitation minière dans la région d’Agadez. Comme quoi les affaires et les relations commerciales sont toujours prioritaires.

La présence américaine

Situé au centre de l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest, le Niger est un point de passage pour les migrants en quête d’une vie meilleure de l’autre côté de la méditerranée. Des marchandises illicites comme la drogue transite aussi par le Niger pour être commercialisées en Libye. Ces différentes activités criminelles (trafic de migrants et de drogue) alimentent les groupes terroristes qui agissent dans ce pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi. C’est pour combattre ces groupes qui menacent la sécurité intérieure des États-Unis que le Pentagone a décidé de renforcer sa présence militaire au Niger.

Dans un premier temps, Washington a envoyé sur place quelques éléments des forces spéciales ainsi que des instructeurs militaires. Pour mieux aider les forces armées nigériennes à combattre les insurgés djihadistes, plusieurs équipements militaires de dernière génération ont été offerts par les États-Unis à l’État major du Niger. Très vite, la présence militaire américaine s’est renforcée. 100 millions de dollars ont été dépensés pour la construction d’ une base aérienne dans la ville d’Agadez. Selon plusieurs sources sécuritaires, les États-Unis disposerait aussi d’une base secrète directement contrôlée par la CIA dans la localité de Dirkou dans l’extrême nord du pays. C’est de cette base que sont lancés les drones armés qui attaquent les groupes jihadistes implantés en Libye.

À la veille du coup d’État du 26 juillet 2023, les États-Unis disposaient de 1 100 soldats sur le territoire nigériens. Allié du président Bazoum qui en passant était sur le point de normaliser les relations du Niger avec Israël, Washington a préféré jouer à l’équilibriste. Tout en réclamant la libération du président déchu et un retour à la démocratie, les États-Unis ont maintenu un dialogue fort avec les putschistes.

Cette relation idyllique a subitement pris fin le 16 mars 2024, lorsque les militaires au pouvoir ont décidé de mettre fin à l’accord de coopération sécuritaire avec les États-Unis. Trop habitués à se comporter en maître du monde, les États-Unis n’auraient pas pris la peine de signer un véritable accord de coopération militaire avec le Niger avant de déployer leurs troupes dans le pays et d’y construire une base militaire. Ils auraient juste averti verbalement les autorités d’alors. Cette annonce a surpris beaucoup d’analystes, car le ressentiment envers le pays de l’oncle Sam ne s’était jamais manifesté au Niger.

Les causes de la brouille entre les deux anciens partenaires sont complexes. Quelques jours avant l’annonce de la décision de rupture par Niamey, une délégation américaine de haut rang était au Niger pour mettre en garde les autorités militaires contre le rapprochement avec l’Iran et la Russie. Pour les nouveaux maîtres du Niger, les États-Unis ont fait preuve de condescendance et de paternalisme.

La position de Niamey, quoique choquante, se comprend. Les États-Unis n’ont jamais financé un projet d’électrification dans le pays. L’UsAid se borne depuis des années à des projets d’assistance qui sont incapables de briser le cycle du sous-développement. Ainsi, lorsque Téhéran propose des groupes électrogènes de grande puissance pour pallier déficit d’énergie, il est difficile de dire non, même si la contrepartie serait probablement quelques kilos l’uranium. De plus, les troupes américaines collaborent peu ou presque pas avec les militaires nigériens ces dernières années sur les champs de bataille. Pour une partie de l’État-major nigérien le partenariat russe qui a déjà fait ses preuves au Mali et au Burkina permettra d’avoir plus de gains face aux insurgés. Les États-Unis, d’abord hésitants, ont finalement accepté de retirer leurs troupes du Niger. Depuis le 23 avril 2024, des discussions sont en cours entre les deux parties pour déterminer un calendrier de retrait.

La montée en puissance de la Russie au Niger

Après avoir chassé la France et les États-Unis, le Niger semble avoir trouvé en la Russie l’allié dont il estime avoir besoin pour rétablir la sécurité au Sahel. Le 10 avril 2024, une centaine d’instructeurs militaires russes sont arrivés à Niamey avec du matériel militaire. Ces derniers appartiennent à l’Africa Corps et doivent doter le pays d’un système de surveillance anti-aérien. Si ce partenariat est vivement critiqué par les occidentaux qui pointent régulièrement du doigt les présumées exactions commises par les troupes de l’ancienne milice russe Wagner au Mali ou en Centrafrique, elle reçoit l’adhésion d’une grande partie de la population nigérienne. Certes, la Russie est une puissance impérialiste comme toutes les autres, mais elle dispose de l’avantage de ne pas s’être pas trop sali les mains en Afrique, à l’opposé de la France ou des États-Unis.

Durant la guerre froide, l’URSS a certes aidé des dirigeants pro-communistes à prendre le pouvoir, mais n’a jamais planifié ou orchestré l’assassinat d’un dirigeant qui n’était pas acquis à sa cause. Contrairement à la France dont l’implication dans l’assassinat de Sylvanus Olympio, de Thomas Sankara, de Ruben Um Nyobé pour ne citer que ceux-là, est avérée, la Russie a souvent fait preuve d’une certaine retenue sur le continent. Quant aux États-Unis, ils n’ont pas hésité à éliminer Patrice Emery Lumumba ou encore à soutenir le coup d’État contre Kwame Nkrumah, le père du panafricanisme politique.

Qu’on le veuille ou pas, la Russie dispose d’un certain crédit moral en Afrique et auprès des africains contrairement aux États-Unis, à la France ou aux autres puissances occidentales. C’est sur ce crédit moral que l’actuel président russe Vladimir Poutine capitalise pour séduire une grande partie de la jeunesse africaine. Est-ce que la coopération militaire russe permettra de mettre fin à la menace djihadiste au Niger et au Sahel ? Seul l’avenir permettra de répondre à cette question.

Et les extraterrestres ?

En fonction des sources, 97 à 99 % de la population nigérienne serait musulmane. L’islam pratiqué au Niger demeure très conservateur. À défaut d’être rigoriste, le Niger est un pays obséquieux. Beaucoup de choses sont tolérées à condition de demeurer caché. Au grand jour, toute la population est encouragée à se comporter en bon musulman.

Le poids de la religion sur la société musulmane a entraîné deux grandes conséquences. La première est le faible taux de scolarisation. En second lieu, le Niger reste un pays où la pensée critique n’est pas vraiment approuvée. Pour le nigérien moyen, les phénomènes aériens inexpliqués (PAN) ou les Ovnis sont un sujet étrange. Les quelques-uns qui ont déjà entendu parler de ces phénomènes ou qui en ont été témoin dans les régions désertiques du pays sont convaincus qu’il s’agit d’une manifestation des Djinns ou encore des œuvres du Sheitan : le Diable.

Dans certaines traditions islamiques, le Djinn, être de feu, réside dans les zones désertiques. Or c’est justement dans la région désertique d’Agadez que les observations d’Ovnis ont été rapportées au Niger. Le plus curieux est que c’est dans cette région que se situe la majorité des mines d’uranium du pays et que les Ovnis ont été précisément aperçus à de nombreuses reprises au-dessus de ces zones minières. Les témoignages de ce type abondent dans la région d’Agadez. Les habitants ne semblent toutefois pas être conscients que ces étranges objets qu’ils aperçoivent proviennent probablement d’autres mondes, qu’il s’agisse de planètes ou d’autres dimensions. L’ Alien est l’étranger absolu, tabou ou non-pensé.

Que veulent alors les extraterrestres au Niger ? La réponse à cette question reste difficile à donner. Les occupants de ces vaisseaux n’ont jamais indiqué clairement leurs intentions. Plusieurs hypothèses peuvent être toutefois avancées.

La première serait que les Ovnis (les extraterrestres) surveillent les zones dans lesquelles l’uranium est exploité pour prévenir d’éventuel dérapage. Ces êtres seraient conscients des dangers liés à la manipulation de cette énergie et se tiendraient donc prêt à intervenir pour éviter que les humains ne commettent pas de bêtises.

L’autre hypothèse serait que grâce à une technologie inconnue, les ovnis seraient capables de faire le plein d’énergie en survolant les mines d’uranium et en captant les radiations émises par le minerai.

Il n’est pour l’instant possible de confirmer ou d’infirmer aucune de ces hypothèses. Et il peut y avoir encore d’autres raisons. Les Ovnis ont toujours montré un réel intérêt pour les régions abritant les mines d’uranium sur le continent. Ainsi, le 29 mars 1952, deux appareils volants non identifiés ayant la forme de disques ont été observés au-dessus de l’actuelle ville de Lubumbashi en RDC. La région où se trouve cette ville abrite des mines d’uranium. L’appareil changeait constamment de position et volait à une folle vitesse.

Stéphane Royer et Didier Gomez ont publié en 2021 l’ouvrage ‘Ovnis et nucléaire – Sommes-nous sous surveillance’ où ils rappellent que tout se passe comme si, partout dans le monde où des sites nucléaires existent, des phénomènes lumineux inconnus leur sont associés, interférant de manière significative sur le matériel, brouillant les radars ou désactivant inexplicablement des charges nucléaires.

Dans la nuit du 31 décembre 2019 au 1erjanvier 2020, alors que l’humanité était en pleine lutte contre le coronavirus, un appareil volant non identifié s’est écrasé entre Tanout (région de zinder) et Aderbissinat une localité située région d’Agadez. Le crash a eu lieu aux environs de 22 heures, un bruit assourdissant suivi d’une forte lumière a été rapporté. Le lendemain, des tribus nomades ont indiqué avoir découvert un objet métallique non identifié tombé non loin de leur campement. Des militaires nigériens se sont rendus sur les lieux. Les résultats de l’enquête n’ont pas été publiés.

Concernant le Niger, si les avions américains et français ne peuvent plus survoler l’espace aérien, les extraterrestres, eux, continueront sûrement à le faire. Pour l’instant, les nouvelles autorités militaires n’ont pas interdit leur présence…

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