Les falaises de Bandiagara

par Samson Mawulolo Ahlijah

En 1969, le célèbre auteur suisse, Erich von Däniken, publia Chariot of the Gods qui paraîtra la même année en Français sous le titre La présence des extraterrestres aux Éditions Robert Laffont. Cet ouvrage qui continue de se vendre par milliers aujourd’hui va populariser la théorie des anciens astronautes. Cette théorie que la communauté scientifique orthodoxe considère comme hérétique, tente d’expliquer les prouesses techniques des anciennes civilisations par un possible contact avec des extraterrestres. Pour les défenseurs de la théorie des anciens astronautes, les chariots célestes conduits par les dieux dans de nombreuses mythologies seraient en fait ce que nous appelons aujourd’hui des Ovnis. Et si les Égyptiens, les Mayas et bien d’autres peuples ont pu ériger de si grands édifices, c’est parce qu’ils ont bénéficié de l’aide d’une intelligence venue de l’espace. Certains avocats de la théorie des anciens astronautes vont encore plus loin. Pour ces derniers, tous ces édifices ont été construits par une ou des civilisations extraterrestres. Les humains n’auraient été que des petites mains dans la réalisation de ces gigantesques travaux.

Même si la théorie des anciens astronautes peut paraître ubuesque, elle ne peut pas être scientifiquement totalement écartée. Les explications données par le milieu scientifique traditionnel pour expliquer les prouesses des civilisations cachées sont loin d’être satisfaisantes. Avec les moyens techniques et technologiques dont l’humanité dispose aujourd’hui, la construction de la grande pyramide de Khéops reste une entreprise difficile voire impossible. Comment donc des peuples qui n’avaient pour seuls outils que des marteaux et des ciseaux ont-ils pu réussir là où les puissantes machines modernes échouent ? Les anciens étaient-il plus évolués que l’histoire contemporaine ne veut l’accepter ? Ou y a-t-il vraiment eu des contacts avec des Aliens ? Répondre à cette question avec certitude reste pour l’heure impossible. Mais dans les profondeurs du continent africain, certains faits étranges nous interpellent et peuvent nous guider sur le chemin de la vérité.

L’une des particularités de l’Afrique est l’incroyable diversité des peuples qui y vivent depuis des millénaires. Selon les estimations, entre 2000 et 3000 groupes ethniques se partagent ce continent. Ces nations possèdent toutes leurs propres langues, leurs propres cultures et plus important encore leurs propres genèses. Certains récits sont particulièrement intéressants car ils semblent renvoyer à un potentiel contact avec des êtres venus d’ailleurs ou mieux, à une filiation extraterrestre.

La nation Dogon et l’étoile Sirius

Danseurs dogons

Au Mali, dans les falaises de Bandiagara, vit un mystérieux peuple : celui des Dogons. Célèbre pour leurs masques, les Dogons sont aussi d’excellents chasseurs et de très bons guerriers qui sont en première ligne de la lutte contre les djihadistes et les insurgés islamistes.

Si le peuple Dogon fait partie des nations africaines les plus connues au monde, c’est sans nul doute à cause de sa profonde connaissance du ciel et des étoiles. L’anthropologue français Marcel Griaule et plusieurs auteurs qui sont rentrés en contact avec le peuple Dogon au début du 20ᵉ siècle, se sont rendu compte que la religion traditionnelle Dogon incorpore des détails assez précis sur les corps astronomiques extrasolaires. Aucun de ces faits ne peut être observé à l’œil nu.

Marcel Griaule

De 1931 à 1956, soit sur une période de plus de 20 ans, Marcel Griaule a étudié les Dogons et s’est beaucoup entretenu avec le sage Dogon Ogotemmeli. Ce dernier lui a confié que pour son peuple, l’étoile la plus brillante du ciel nocturne est Sigi Tolo ou étoile du Sigui qui correspond à l’étoile Sirius A. Cette étoile a deux étoiles compagnes à savoir Pō Tolo qui est l’étoile Digitaria (Sirius B) et ęmmę ya tolo qui correspond à l’étoile femelle Sorgho (Sirius C). Ces deux étoiles sont respectivement le premier et le deuxième compagnon de Sirius A. Dans le système Dogon, Sirius formait l’un des foyers de l’orbite d’une petite étoile qui n’est autre que l’étoile compagne Digitaria. Lorsque Digitaria est la plus proche de Sirius, cette étoile s’éclaire. Lorsqu’elle est la plus éloignée de Sirius, elle émet un effet scintillant qui suggère à l’observateur la présence de plusieurs étoiles. Le cycle orbital dure 50 ans.

Outre Sirius A, les paroles du sage Ogotemmeli indiquent également que les Dogons ont une bonne connaissance des anneaux de Saturne ainsi que des lunes de Jupiter.

Ogotemmeli

Trois grandes raisons peuvent expliquer cette connaissance du peuple Dogon.

Raison 1: le contact avec l’occident

La première raison, défendue par les scientifiques traditionnels, est que la nation Dogon aurait acquis cette connaissance du ciel au contact des Européens. Ainsi, l’astronome Ian Ridpath suggère qu’ « il existe de nombreux canaux par lesquels les Dogons auraient pu recevoir la connaissance occidentale bien avant d’être visités par Griaule ». Dans son livre Sirius Matters, Noah Brosch postule de son côté que les Dogons pourraient avoir eu des contacts avec des astronomes basés en territoire Dogon lors d’une expédition de cinq semaines, dirigée par Henri-Alexandre Deslandres , pour étudier l’éclipse solaire du 16 avril 1893.

Si ces arguments ont le mérite de se conformer au cadre de réflexion dans lequel baigne la communauté scientifique conventionnelle, ils peinent à convaincre beaucoup de chercheurs.

La société Dogon est très profondément initiatique. En d’autres termes, le savoir se transmet de génération en génération au sein de sociétés secrètes très fermées. Les chances qu’une connaissance occidentale aient été incorporées dans le système métaphysique de ce peuple au point de devenir la pierre angulaire de sa relation à l’invisible sont faibles sinon nulles. De plus, combien d’explorateurs européens passaient leur temps à discuter d’astronomie avec des peuples africains qui étaient à leurs yeux (pour la plupart) des sauvages tout juste sortis de l’époque préhistorique ? Le troisième argument qui fragilise cette première explication est celle-ci : si des connaissances astronomiques ont été échangées entre les européens et les populations africaines de la région de la boucle du Niger vers la fin des années 1800, pourquoi on ne trouve aucune trace de ces informations chez les autres peuples ? Les Dogons auraient été une grande exception ? Si oui, pourquoi ? Et de plus, pourquoi les explorateurs ou les différentes équipes scientifiques n’ont pas indiqué avoir échangé de telles informations avec ce peuple ?

Raison 2 : une ancienne grande civilisation

La seconde explication qui peut justifier la connaissance de l’étoile Sirius et des lunes de Jupiter par le peuple Dogon est celle d’une ancienne grande civilisation dont les Dogons seraient les héritiers. Le problème est que les chroniques du peuple Dogon ne mentionnent rien de la sorte. Rien ne semble non plus indiqué que dans les environs de la falaise de Bandiagara, il existait auparavant une civilisation ayant eu la technologie nécessaire pour observer les étoiles.

Sirius A

Raison 3 : le contact extraterrestre

La troisième explication, celle défendue par les partisans de la théorie des anciens astronautes, consiste à expliquer les connaissances du peuple Dogon par une rencontre avec des extraterrestres dans un passé très lointain. Certains vont encore plus loin et soutiennent que les Dogons seraient des descendants d’un peuple venu des étoiles, ou du moins le résultat d’une hybridation entre un tel peuple et des humains.

L’absence de preuve matérielle nous empêche de confirmer cette troisième hypothèse. Mais une chose est sûre, les connaissances astronomiques des Dogons paraissent surpasser nos connaissances actuelles du ciel dans bien de domaines. Actuellement, beaucoup d’astronomes commencent par soupçonner l’existence d’une troisième étoile qui n’est autre que Sirius C et qui tournerait autour de Sirius A ce qui causerait un changement de couleur. Le même changement de couleur dont parlaient les Dogons. De plus, pour cette nation africaine plurimillénaire, la question de la vie extraterrestres a été tranchée depuis fort longtemps. En effet, les Dogons sont convaincus que dans l’univers infini, il existe des mondes infinis habités qui s’éloignent de la terre à des vitesses très grandes dans un mouvement spiralé. Les sages Dogons affirment aussi que ces mouvements spiralés se trouvent également dans l’infiniment petit qui compose les hommes. Cela revient à dire que l’infiniment grand : les planètes, les systèmes solaires, les galaxies et les voies lactées ont la même configuration que l’infiniment petit : les cellules, molécules, atomes qui composent nos corps. Ce constat fait étonnement écho à une phrase très célèbre dans les sociétés initiatiques : ce qui est en bas est comme ce qui est haut !

Les nations Aja-Éwés

Peuple Ewé

Sur la côte de l’Afrique de l’Ouest, dans le golfe de Guinée, on trouve une nation africaine au riche passé. Les Éwés qui se retrouvent aujourd’hui partagés entre le Nigéria, le Bénin, le Togo et le Ghana sont apparentés aux autres nations qui occupent cet espace géographique, à savoir les Fons, les Ajas et même les Yorubas. Les chroniques du peuple Éwés font remonter l’origine de cette nation à l’antique cité Yoruba d’Ilé-Ifé situé au centre de l’actuel Nigéria. Ce serait de là que ce peuple aurait migré vers l’ouest à la suite de désaccords politiques avec leurs voisins pour se retrouver dans la ville de Tado. C’est de cette cité que partiront, au 15ᵉ et au 16ᵉ siècle, les populations qui fondèrent les royaumes de Porto-Novo et du Dahomey.

Si les chroniques Éwés ne semblent pas tous se mettre d’accord sur le chemin emprunté par cette nation pour se retrouver dans l’ancienne cité de Tado, ils sont unanimes sur le rôle qu’à joué un personnage dans la naissance de l’identité Éwé : Togbui (ancêtre) Anyi.

Les histoires sur l’origine de Togbui-Agni sont multiples et diverses. Mais une en particulier mérite notre attention. Dans une note académique sur les récits de fondation du royaume Aja-Tado du sud Bénin, Michael Houseman indique que dans une version secrète de l’histoire de Togbui-Agni  qui aurait été rapportée par l’un des rois de Tado, Togbui-Agni  serait né de deux êtres qui n’étaient pas des hommes.

Cette version de l’histoire très peu connue ouvre la piste à plusieurs réflexions. Qui étaient ces êtres non humains dont serait né Togbui-Agni  ? Le système métaphysique des peuples Aja-Ewé fait une claire distinction entre les esprits et les humains ainsi que les êtres des quatre éléments (eau, terre, feu et air). Si les parents de Togbui-Agni appartenaient à l’une de ces catégories, cela aurait été clairement mentionné. On peut supposer que le qualificatif d’être non humain utilisé dans ce cas se réfère à des intelligences venues d’ailleurs et pourquoi pas à des extraterrestres.

Certes, contrairement au peuple Dogon, les nations de l’aire culturelle Aja-Tado ne semblent pas avoir une profonde connaissance des étoiles. Toutefois, plusieurs de ces peuples soutiennent être descendus du ciel. Pour établir le royaume du Dahomey, les populations ont notamment assujetti un peuple qui s’appelait les Djinu, ce qui se traduit littéralement par les tombés du ciel ou les gens du ciel. En effet, ces derniers affirment être venus du ciel. Légende fabriquée pour justifier une domination sur les autres peuples ou preuve d’un contact avec les extraterrestres dans un lointain passé ?

À plus de 500 kilomètres de l’endroit où vivaient les Djinu, un autre peuple, les Kabyès, estiment être également descendus du ciel. Les empreintes de pas, toujours visibles dans la localité de Farandè, sont présentées par les sages et les anciens de cette tribu comme la preuve de leur ascendance céleste.

Amazulu : le peuple descendu du ciel

Les Montagnes du Kwazulu-Natal

De l’histoire du peuple Zoulou, beaucoup ne retiennent que l’épisode des brillantes campagnes militaires menées par Shaka KaSenzangakhona. Ayant hérité du trône à la mort de son père, celui qui est parfois comparé au héros français Napoléon Bonaparte a agrandi les frontières de son pays et infligé plusieurs revers aux envahisseurs européens. Cependant, ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les extraordinaires exploits militaires de Shaka mais plutôt une légende à laquelle le peuple Zoulou semble très fortement attaché. Il s’agit de la légende qui fait remonter l’origine de ce peuple au ciel.

En effet, les Zoulous se considèrent comme les gens du ciel. Cette nation ne réclame pas une certaine sainteté ni une proximité particulière avec une divinité ayant pour lieu d’habitation le ciel. Les Zoulous pensent que leurs premiers ancêtres seraient descendus du ciel. Encore une fois, aucune preuve matérielle ne permet d’affirmer sans équivoque que les Zoulous seraient un peuple d’origine extraterrestre. Pour beaucoup de chercheurs, ces affirmations du peuple Zoulou fait plutôt référence à une migration du nord (Égypte ?) vers le sud, c’est-à-dire leur emplacement actuel.

Credo Mutwa

Mais les propos rapportés par le grand Shaman Zoulou, Credo Mutwa (1921-2020) semblent orienter vers une piste différente. À travers de nombreuses interviews, ce prêtre traditionnel Zoulou a indiqué que les anciens et les sages de ce peuple avaient une bonne connaissance des extraterrestres. Il a surtout mis l’accent sur la présence sur terre et dans plusieurs pays africains de races extraterrestres malveillantes. Les Zoulous seraient peut-être une nation qui a eu, dans un passé très lointain, un lien avec des êtres non humains venus d’ailleurs.

La nation Ubang et l’empreinte de Dieu

Ubang, Nigeria

Au Sud-Est du Nigéria, non loin de la frontière avec le Cameroun, se trouve la nation Ubang. Les Ubangs sont l’un des plus petits groupes ethniques du continent africain, mais aussi l’un des plus fascinants.

La Genèse du peuple Ubang est claire sur un sujet : les Ubangs sont les premiers hommes que le Divin a créés. Selon les chroniques du peuple Ubang, Dieu créa en premier les hommes et les femmes Ubang en leur donnant chacun une langue spécifique. Le créateur se rendit ensuite compte qu’il s’agissait d’une erreur et choisit de donner aux autres peuples de la terre une unique langue pour les femmes ainsi que les hommes.

Le plus surprenant, c’est qu’aujourd’hui encore, les hommes et les femmes de cette nation africaine ne parlent pas les mêmes langues. Et attention ! Il ne s’agit pas d’une simple différence de prononciation entre la langue des hommes et celle des femmes. Le nom de beaucoup d’outils et d’objets du quotidien est radicalement différent chez les femmes et chez les hommes. Ainsi, si la femme Ubang designe un chien par le mot Okwakwe, pour l’homme Ubang, ce animal domestique répond au nom d’Abu.

Et pourtant, les femmes et les hommes se comprennent, car les hommes parlent la langue des femmes. La raison est que dans la société traditionnelle Ubang, les garçons grandissent aux côtés de leurs mères. Mais vers l’âge de 10 ans, il se produit un phénomène étrange. Les garçons commencent par parler la langue des hommes, ce qui est le signe de leur maturité. “ Il y a un stade que l’homme atteindra et découvrira qu’il n’utilise pas la langue qui lui revient. Personne ne lui dira qu’il devrait adopter la langue masculine » a déclaré un sage de cette nation au journal anglais BBC. « Quand il commence à parler le langage des hommes, vous savez que la maturité entre en lui. Si un enfant n’utilise pas la bonne langue à un certain âge, il est considéré comme anormal ” dit-il. Il ne semble donc pas avoir de transmission spécifique de la langue des hommes ni d’apprentissage conventionnel de celle-ci.

Aucune explication n’a été trouvée à ce jour pour justifier cette différence de langue entre les hommes et les femmes de la nation Ubang. Si le mystère de cette particularité intrigue plus d’un, les Ubang ont une autre spécificité qui suggère que ce peuple est rentré en contact il y a de cela très longtemps avec une intelligence venue d’ailleurs.

Les Ubang racontent que pour prouver à l’humanité qu’ils sont les premiers êtres qu’il ait créés, Dieu a choisi de laisser son empreinte sur une des montagnes située dans la région qu’il occupe.

Cette affirmation indique que sur la montagne en question, il y aurait une empreinte de pas qui ne soit pas humaine. Cette empreinte serait donc celle du créateur de la nation Ubang ou du moins d’une créature que ce peuple considère comme tel. Nous n’avons personnellement jamais vu cette empreinte de pas. Néanmoins, il n’est pas exclu qu’il s’agisse des traces laissées par un extraterrestre de passage dans cette région il y a de cela très longtemps et qui aurait joué un important rôle dans la formation de l’identité Ubang. Vu sous cet angle, les différences entre la langue parlée par les hommes et les femmes seraient peut-être le fruit d’une expérience initiée par cet être venu de l’espace.

Certes, aucune preuve matérielle ne permet de corroborer cette hypothèse et le mystère du peuple Ubang semble être parti pour ne jamais être résolu. En attendant, si vous voulez demander un habit à un homme Ubang, utilisez le mot Nki et si vous vous adressez à une femme, utilisez le mot Arika.

Cheikh Anta Diop

Il est temps de se pencher sérieusement sur les ‘légendes’ qui ont façonné le destin de millions d’Africains car elles contiennent très probablement un fond de vérité. Reste à savoir si par exemple nos archéologues africains feront preuve d’une ouverture d’esprit et disons le clairement d’une audace qui manque cruellement à grand nombre d’archéologues occidentaux (qu’on songe seulement à la façon dont l’écrivain Graham Hancock a été si souvent sali par le monde archéologique). Sur le continent qui vit naître Cheikh Anta Diop, on peut toujours espérer.

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