
Extraits d’une conversation avec Lionel Cédrick Ikogou-Renamy (Gabon). Docteur en anthropologie de l’Université Omar Bongo. Auteur de l’ouvrage ‘Les économies occultes de l’or blanc au Gabon’
(extrait du livre ‘La question des Ovnis en Afrique Centrale’ de Jann Halexander, novembre 2023)
14 avril 2023
L.I-R : Vaste question. Dans le cadre de mes recherches sur les profanations dans les cimetières, je pourrais parler des feux follets, j’ai eu l’expérience quand j’étais en plein terrain d’enquête aux alentours de 20h10, 20h15, à Mindoubé. Puis c’est passé. Quelque chose que tu connais pas au début, tu as peur mais ensuite quand tu connais, ça va mieux. Les feux follets ça joue sur l’imaginaire des gabonais.
J.H : En France on a des feux follets, mais j’ai l’impression qu’au Gabon, ça désigne autre chose ?
L.I-R : Cela pourrait s’apparenter à une étoile filante, ça passe tellement vite, à quelques mètres du sol. Derrière ce feu follet se cache la sortie mystique d’un homme, d’un sorcier qui veut s’accaparer l’âme de quelqu’un.
J.H : Mais dans les cimetières, c’est dû à la décomposition de la matière organique.
L.I-R : Exactement. Pour aller plus loin, c’est le contexte qui traduit la réalité. Tu vois, notre contexte est un contexte de suspicion, de peurs. Il y a beaucoup de peurs sur l’autre. Et il y a une sorte de tabou.

J.H : Un congolais me disait qu’à Brazza, si quelqu’un voit quelque chose de vraiment étrange, il se tait car en parler pourrait porter malheur, a t-on des comportements similaires au Gabon ?
L.I-R : Complètement. Je suis à Port-Gentil, j’ai des témoignages de situations un peu incongrues. Après j’essaye d’avoir de la hauteur en tant que scientifique, l’anthropologue que je suis. Il faut se détacher d’un contexte qui est lourd de tabous. On va te donner la conduite à tenir, de peur que tu aies des représailles parce que tu aurais parlé, que tu aurais vu par exemple dans un rêve la sortie nocturne d’un sorcier. Par exemple, je peux te dire que quand une chouette blanche passe dans ton secteur aux alentours de 22, 23 h, c’est pas bon signe. Alors les gens vont se mettre à crier à la chouette « « On t’a vue, on t’a vue, pas la peine de te cacher, on t’a vue ! » » et aussitôt, peut-être par mégarde, elle va changer de trajectoire, le rapport est vite fait par ceux qui observent et qui vont déguerpir. Tu t’attaques à un domaine compliqué mais intéressant.
J.H : La chouette en Amérique du Nord notamment est souvent rattachée à la question extraterrestre. Certains ufologues ont émis l’hypothèse que les chouettes et les cerfs étaient des leurres. Si par exemple tu marches dans la forêt, que tu vois un cerf et que une heure après tu te retrouves à l’orée de la forêt, que tu ne sais pas comment tu t’es retrouvé là, c’est ce qu’on appelle un temps manquant, peut-être que le cerf que tu as vu n’était pas un cerf mais un alien déguisé pour ne pas te choquer. On retrouve la même chose avec les chouettes.
L.I-R : C’est captivant. Vraiment. Je reviens sur la question du tabou. Quand j’ai enquêté dans les cimetières, un frère bwitiste m’a dit que les gens se plaignaient dans le milieu bwiti parce que je parlais des choses un peu secrètes. Il m’a défendu en disant que j’analysais juste un phénomène. Il m’a fallu sans doute un certain courage pour travailler sur l’économie de l’or blanc, les os. Mais ce que tu me racontes me fais réfléchir. La chouette, le temps manquant, cela me fait penser à une vieille maman, je pense qu’elle est encore en vie. Elle avait une histoire où elle avait vu une chouette et après elle se retrouvait dans un endroit où elle n’était pas au départ.
J.H : C’est très pertinent. Je ne suis pas un ufologue, c’est vraiment un état des lieux, on est plus proche de l’anthropologie. L’histoire de la vieille maman m’est très familière, on retrouve des histoires similaires en Amérique, en Europe. Si ça se trouve, elle te l’a dit à toi mais n’en a parlé à personne d’autre.
L.I-R : Oui c’est tout à fait possible. Les gens ne parlent pas facilement.
J.H : Il y a aussi le fameux Issiki.

L.I-R : J’allais y venir ! J’en ai vu. Je te le dis. Sans retenue. J’ai même la chair de poule là quand j’en parle. J’ai vu autre chose aussi, du côté du cimetière du quartier Plaine Niger, quatrième arrondissement de Libreville, c’était en 1999, 2000. Je rentrais tard de la piscine, j’avais fait un tour à la banque et j’avais pris la bretelle qui n’est pas éclairée mais qui jouxte le cimetière, à côté il y avait des habitations, curieusement les habitations n’avaient pas d’éclairages et là où j’étais, ce n’était pas éclairé. Et là, je t’assure, je n’en ai parlé qu’à ma mère et quelques amis, à quelques encablures du carrefour qui me permettait de prendre la bretelle pour aller du côté du quartier Glass, en montant, j’ai vu un œuf blanc en train de courir. J’ai cru devenir fou. Un œuf blanc avec des pattes de grenouille. J’étais complètement tétanisé. (silence au téléphone). Je n’ai parlé de ça que deux semaines plus tard à ma mère. Elle m’a dit « « écoutes, il faudrait que tu apprennes à ne plus sortir la nuit.» » A l’époque j’ai pas bien compris. Avec le recul, je me dis que j’ai assisté à un phénomène dont je ne saurais décrire les tenants et les aboutissants. Quant à Issiki, je l’ai vu près d’un cimetière, c’est toujours à côté d’un cimetière ce genre d’histoire d’ailleurs, le cimetière de Mindoubé. Il était très petit, plus petit qu’un nain. Il avait une longue chevelure qui balayait le sol un peu comme une robe de mariée. Il avait l’air de chercher quelque chose sur le sol. Il m’a regardé, je l’ai regardé, il a souri. Et il est parti. J’ai pas compris. Je ne me rappelle plus de la couleur de peau. Il avait un nez très épaté. Ses cheveux étaient très fins.
J.H : Il y a eu des observations d’ovnis en forme d’oeufs dans les années 50 en Europe. Peut-être les pattes que tu as vue, c’est une sorte de mécanisme qui permet à l’objet de se mouvoir sur le sol, mais je spécule, très franchement.
L.I-R : En tout cas j’évitais de trop en parler pour ne pas passer pour un taré.
J.H : Est-ce que les médias gabonais ont relayé l’actualité ovni ces dernières années ?
L.I-R : Non. Pas à ma connaissance. Par exemple je lis l’Union depuis six ans et je n’ai rien vu sur le sujet. C’est étonnant d’ailleurs parce que le directeur de Sonapress, la société de presse du Gabon, c’est géré par un français. Même les journaux satiriques n’en parlent pas. C’est difficile. Nos médias vont plus facilement parler de sorcellerie, ça fait partie du quotidien. On parle davantage de sorcellerie et de fantômes. Dans le bwiti, on te dira que la chouette est un mauvais esprit. Comme la chauve-souris, qui n’a pas le droit de venir à proximité de l’humain. Je repense à l’expérience de l’oeuf. J’ai quarante ans et ça me glace encore quand j’en parle. Il est temps que la société gabonaise parle de ces sujets. Issiki, on en entend parler depuis l’enfance, quelque part on est préparé à ça. Mais l’oeuf qui court, j’avais l’impression de péter les plombs.
***
Suite aux échanges avec Lionel Cédrick Ikogou-Renamy. Il évoque le cimetière de Mindoubé. Quand les Librevillois (habitants de Libreville) évoquent Mindoubé, c’est surtout la célèbre décharge à ciel ouvert qui pose de graves problèmes sanitaires et environnementaux. Mais à proximité se trouve le cimetière municipal. Le quartier de Plaine Niger, quant à lui, se situe au sud de la capitale, à proximité du bord de mer. Mindoubé se situe un peu plus au sud et à l’intérieur des terres. Sur la question de la couverture médiatique locale, l’Union est LE quotidien officiel du Gabon, distribué par le groupe Sonapress. Ce quotidien fut créé le 30 décembre 1975. Un œuf qui court ? Un nain aux cheveux longs qui cherche quelque chose sur le sol dans la nuit ? Hallucination ? Bertrand Méheust, écrivain français, spécialiste de parapsychologie et ancien professeur de philosophie (il fut également enseignant coopérant au Gabon à la fin des années 70) parlait pour désigner ces étranges expériences de folklore vécu. A travers ses ouvrages ‘Science-fiction et soucoupes volantes – Une réalité mythico-physique‘ (1978) et Soucoupes Volantes et Folklore (1985), publiés par les éditions Mercure de France, il réduisait le phénomène des ovnis à une illusion culturelle sans dénigrer pour autant que les témoins avaient réellement vécu quelque chose. Toutefois, dans le cadre d’un entretien écrit avec le média Pensée écologique paru le 7 juin 2023, il écrivait :’ « « Mais 76 ans se sont écoulés depuis l’observation de Kenneth Arnold*, et le dossier résiste toujours à la réduction. Mieux, à l’heure où j’écris ces lignes, la NASA vient de reconnaître officiellement un problème qui n’a pas encore trouvé de solution. » ». L’ hypothèse avait montré ses limites.
* C’est à l’aviateur américain Kenneth Arnold qu’on doit la première observation médiatisée de ‘soucoupes volantes’ le 24 juin 1947. Même si l’existence de ce phénomène était rapportée depuis plusieurs siècles aux quatre coins du monde.





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