Colman Domingo dans ‘Disclosure Day’

C’est une phrase prononcée le 10 juin 2026 sur France Inter qui fait poser beaucoup de questions. Face à une journaliste moqueuse, hilare, Sonia de Villers (qui éprouve le besoin de parler de l’effet de l’alcool sur les témoins d’ovnis), Tristan Mendès France dit : »Y’a deux sujets totalement différents. Est-ce qu’il y a de la vie dans l’univers, c’est totalement légitime de se poser la question. Y’a pas de débat, y’a pas de polémique, c’est parfaitement normal de se poser la question. Est-ce qu’il y a des aliens sur terre, là on bascule sur quelque chose de beaucoup plus compliqué’.

On comprend vite qu’il est scandalisé par le réalisateur Steven Spielberg, à qui on doit ce remarquable ‘film’ (expurgé des séquences hollywoodiennes, on est plus proche d’un documentaire) ‘Disclosure Day’. En effet, le réalisateur, à travers les interviews, soutient fermement l’existence des Aliens, cite régulièrement les lanceurs d’alerte, les déclassifications des fichiers ovni par le département de la guerre aux USA. Il est insupportable sans doute une pour élite bien-pensante que le réalisateur de ‘La Liste de Schindler’ soit le même qui parle sérieusement des extraterrestres. Il faut dire aussi que rarement dans ses propos, Spielberg aura été aussi offensif. Et le fait que le film sorte dans la foulée de la déclassification des fichiers par les USA, des propos de l’ancien ministre de la défense brésilien sur les attaques d’ovnis à Colares, n’arrange pas les choses. S’il était aisé pour les critiques à l’époque de la sortie de ‘La Guerre des Mondes’ d’affirmer que Spielberg dressait là une métaphore du 11 septembre, dans le cas de ‘Disclosure Day’, il n’est pas absolument pas question de métaphore. Spielberg parle des aliens pour ce qu’ils sont, point. Ils ne sont pas un symbole, une métaphore des tensions du monde actuelle. Au contraire, dans le film la révélation de l’existences Aliens est aussi fondamentale que le risque d’une troisième guerre mondiale enclenché par la Corée du Nord. Tout au plus on pourra parler des protagonistes et de leur dimension symbolique : Josh O’Connor et Emily Blunt incarnent vaguement des Adam et Eve made in 2026 et l’artisan de la divulgation au grand public est afro-américain (joué par le brillant Colman Domingo). Pour le reste, Spielberg fait la démonstration qu’il est un ufologue aguerri qui connaît ses références sur le bout des rémiges.

Et c’est bien ça qui pose problème. Tristan Mendès France aurait préféré que ce film soit juste un film, du bon divertissement, sans lien possible avec le réel, et où l’Alien est une métaphore. Ce n’est pas le cas et le co-animateur de Complorama est chafouin. Parce que le sujet OVNI grignote nos espaces médiatiques franco-français depuis 2023, en accéléré depuis le 8 mai 2026 (dont nous avions dit que c’était une journée historique). Et ça n’avait tout simplement pas été envisagé dans son logiciel de pensée.

Tristan Mendès France se positionne comme spécialiste de la lutte contre le « conspirationnisme ». C’est légitime de combattre les délires infondés, mais le problème surgit quand on applique un même filtre réducteur à des affaires où il y a des faits documentés et des questions légitimes. Et sur France Inter, il prouve sa méconnaissance du sujet et révèle l’étendue de son ignorance et de ses préjugés (tout comme Jacques Arnould étonnament). Il n’est plus du tout raisonnable de considérer les partisans de l’hypothèse ‘Alien’ comme des croyants.

Tristan Mendès France avait déjà montré ses limites sur l’affaire Epstein, qu’il a voulu réduire à un fantasme QAnon pendant des années. Or l’affaire Epstein n’est pas un « fantasme QAnon ». C’est un réseau de trafic sexuel de mineures impliquant des élites (politiques, économiques, scientifiques, royales), avec des preuves judiciaires, des témoignages sous serment, des documents déclassifiés (photos, accords de non-poursuite ultra-cléments, etc.). Le suicide d’Epstein en prison reste suspect pour beaucoup (caméras HS, gardes absents, etc.), et les liens avec Ghislaine Maxwell et d’autres puissants sont réels. Mendès France et ses collègues insistent souvent sur la dimension « complotiste » pour discréditer les questionnements, en minimisant la portée systémique (protection par des élites). Des critiques lui reprochent d’avoir été démenti par les faits au fil des révélations. Ça ne veut pas dire que tout est un mega-complot sataniste mondial, mais réduire ça à du pur fantasme est une erreur d’appréciation ou une posture idéologique.

Infatigable, il nous refait le coup avec les Ovnis. Même schéma récent : dans Complorama, il commente les déclarations de Spielberg (qui prépare Disclosure Day et dit avoir une « forte intuition » que nous ne sommes pas seuls et qu’il y a probablement des aliens ici). Mendès France y voit une normalisation dangereuse d’une théorie complotiste, liée à Trump, aux déclassifications US, etc. Pourtant :

  • Les rapports officiels US (Pentagon, AARO, auditions au Congrès) reconnaissent des phénomènes UAP inexpliqués, avec des observations par pilotes militaires, capteurs multiples, et performances physiques défiant la physique connue (accélérations extrêmes, sans signature thermique, etc.).
  • Ce n’est plus du pur folklore depuis les vidéos Navy confirmées (Gimbal, FLIR, GoFast) et le rapports de 2021.
  • Spielberg n’est pas un illuminé : c’est un cinéaste majeur qui a toujours été fasciné par le sujet (E.T., Rencontres du 3e type) et qui, à son âge, exprime une opinion basée sur l’évolution du débat public.

Amalgamer ça directement à du « complotisme » (avec aliens + élites + accords secrets) est paresseux. On peut être sceptique sur les extraterrestres sans nier qu’il y a des phénomènes aériens anormaux méritant une étude sérieuse, ni ridiculiser des gens comme Spielberg, des pilotes ou des scientifiques (ex. : Avi Loeb, etc.).

Mendès France incarne une posture « anti-complot » institutionnelle qui a tendance à :

  • Pathologiser tout questionnement sur les dysfonctionnements des élites ou les anomalies inexpliquées.
  • Ignorer que certaines « théories du complot » se sont révélées partiellement fondées (Epstein, surveillance de masse Snowden, etc.).
  • Créer un effet boomerang : plus on nie ou minimise de manière condescendante, plus les gens vont chercher ailleurs (et parfois vers des excès).

Le scepticisme rationnel est sain. Le débinage systématique par association (« ça sent le complot ») l’est moins, surtout quand les faits évoluent (comme sur Epstein ou les UAP). Ça discrédite la critique légitime des vraies dérives conspirationnistes. Sur Epstein, les faits sont accablants pour l’élite. Sur les OVNI, on conseille aux sceptiques de rester agnostiques mais ouverts aux données, à l’instar d’un Stéphane Baron.

A quoi joue France Inter alors ? La question de saisir la médiatrice, Emmanuelle Daviet, se pose. Car ce sont les contribuables qui payent. Tout le monde a droit à l’erreur. Seulement voilà, en invitant des personnes qui ne connaissent pas le sujet ou le maintiennent dans une orientation spécifique (grosso modo, circulez, il n’y a rien à voir et si jamais cela vous intéresse, c’est que vous êtes complotistes), France Inter manque à son devoir de pluralité, d’objectivité et de respect envers ses auditeurs (parmi lesquels il y a des témoins d’ovnis, au passage). Pourquoi Luc Dini et Sylvain Maisonneuve, invités pourtant sur RTL, Sud Radio, Cnews, RMC, n’ont pas jusque là été invités ? Malaise.

Emmanuelle Daviet, médiatrice de France Inter

Trump le 8 mai dernier, en donnant le feu vert à la déclassification de centaines de fichiers qui posent question, a :

  • accordé son soutien de façon tacite au lanceur d’alerte David Grush
  • obligé le monde scientifique à considérer autrement les ufologues et à les respecter
  • surtout, en tant que maître du jeu (et plein d’égo), livré un cadeau empoisonné à nos élites bien-pensantes qui se retrouvent de plus en plus acculées.

Certains sceptiques sur les réseaux sociaux, devant cette divulgation accélérée nous pondent encore des expressions clés désormais vides de sens : ‘mythe moderne des ovnis’, ‘programme secret hérité de la guerre froide’, ‘stratégie secrète du gouvernement mondial’. Ou encore ‘les français ont d’autres priorités que les ovnis’. Seulement l’un n’exclut pas l’autre et on se rappellera que l’un des moyens des détracteurs du mouvement populaire des gilets jaunes fin 2018, était de dire que parmi eux, certains s’intéressaient aux extraterrestres. Cet argument était vu comme une tentative de décrédibilisation. En 2026, on se dit que certains gilets jaunes qui s’intéressaient effectivement aux extraterrestres, étaient précurseurs. On peut se préoccuper de savoir comment on va remplir son frigo et en même temps se demander quelle est notre place dans cet univers. C’est même sain. Il faut plutôt se méfier de ceux qui voudraient contraindre au silence (en brandissant l’argument du complotisme) les citoyens quand ceux-ci ont leurs raisons d’être en colère et réfléchissent sur leur place et dans la société et dans l’univers.

En ce sens il faut se réjouir sur le principe du colloque qui doit avoir lieu à l’assemblée nationale le 29 juin sur la question des Ovnis. On doit l’initiative à Arnaud Saint-Martin (LFI). Nous disons bien sur le principe, ce colloque fera l’objet d’un autre article, le moment venu. Nous avons beaucoup de réserves évidemment.

Aldo Rebelo, ancien ministre de la Défense du Brésil

Au moment où nous écrivons ces lignes, l’ancien ministre de la Défense brésilien Aldo Rebelo a reconnu dans un entretien-fleuve de plus de deux heures avec le journaliste indépendant Jesse Michels que derrière les incidents de Colares à la fin des années 70 et le crash de Varginha en 1996, il y avait bien des entités non-humaines. C’est dit calmement, posément et de façon détaillée. L’information devient virale sur les réseaux sociaux et s’il est facile, commode par paresse intellectuelle, d’accuser les USA de faire dans le désinformation sur le sujet ovni, c’est plus compliqué quand ça concerne un homme d’état brésilien. Une grande partie du public qui assistera au colloque du 29 juin à l’Assemblée Nationale, aura les propos d’Aldo Rebelo en tête et sera complètement hermétique aux propos de Frédéric Courtade du Geipan ou encore aux analyses psycho-sociologiques de Pierre Lagrange. Soyons direct : l’existence d’entités non-humaines a été confirmée par l’ancien président du parlement national du Brésil (de 2005 à 2007).

Mais au moins sur le principe, des personnalités politiques françaises semblent avoir compris que l’intérêt pour les ovnis est une question citoyenne au même titre que d’autres questions. D’ailleurs, la première personnalité politique française à avoir réagi à la déclassification des fichiers est Rafik Smati, élu local à Puteaux de 1995 à 2008.

François Asselineau, de l’UPR, s’est lui-même engagé à faire oeuvre de transparence vis à vis des citoyens s’il était élu président de la République.

Revenons aux propos de Tristan Mendès France. La question de savoir si on est seul dans l’univers est légitime. La question de savoir si des aliens nous rendent visite est légitime. C’est simple. Et l’idée que la vie dans l’univers et les ovnis sont deux choses différentes est une supercherie intellectuelle terrifiante, qui a permis l’existence d’une arnaque comme l’organisme le SETI, radicalement hostile aux ovnis mais obsédé à l’idée de chercher des signaux extraterrestres à des années-lumières de la terre. On voit là d’ailleurs toute la formidable arrogance occidentale qui n’a décidément pas disparu : on va chercher des signaux, on envoie éventuellement des sondes ou des humains dans des zones qu’on espère découvrir…et sans doute coloniser un beau jour. Mais que les choses puissent se passer dans l’autre sens n’est tout simplement pas concevable…

La rédaction

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